Entrez dans mes rêves...
19 Novembre 2016
Prologue
Qui suis-je ? S'interroge Breton. Il évoque le sens de sa vie pour mieux en éclairer sa singularité.
Son existence est une succession de hasards, d'accidents qui forcent l'admiration.
Il distingue les « faits glissants » c'est-à-dire les événements déclencheurs, annonciateurs, des « faits précipices » qui sont essentiels, bouleversants.
Ces signaux, ces coïncidences, il en est sûr, prédisaient sa rencontre inéluctable avec Nadja.
Nadja
Le 4 octobre 1927, Breton rencontre une femme énigmatique, d'apparence indigente : Nadja.
Ils discutent. Elle lui raconte son histoire, ses amours, sa famille. Elle dit être une « âme errante ». Breton est rapidement intrigué et fasciné par ce personnage.
Le lendemain, il lui rapporte deux de ses ouvrages. Nadja se montre sensible à la pensée et à l'esthétisme surréaliste qui lui inspire des voyances. Breton est fasciné par ses manifestations extra-sensorielles.
Les jours suivants Breton s'inquiète de son trop grand intérêt pour la jeune femme. Il ne cesse de percevoir des coïncidences troublantes entre ses rencontres avec Nadja et des événements de son existence.
Le 12 octobre, ils attendent ensemble le train Gare Saint-Lazare.
Breton s'interroge sur Nadja : qui est-elle vraiment, elle qui semble insaisissable, qui oscille entre l'image de la muse et celle de la vagabonde, de la femme déchue.
C'est au travers de ses paroles et de ses dessins qu'il aborde sa personnalité. Il la livre telle qu'elle se manifeste et il se garde bien de la juger.
L'écrivain explique l'échec de cette relation : faute d'amour, leur relation n'a pu s'exalter. Miracle et passion n'eurent pas lieu.
Peu de temps après leur séparation, Nadja est internée dans un hôpital.
Breton s'interroge : est-il coupable, l'a-t-il encouragé à la démence, a-t-il excité sa bizarrerie ?
Il fulmine contre cette société conformiste et nihiliste. Il critique les institutions psychiatriques qui forcent à la folie, et il attaque plus particulièrement le professeur Claude.
Une dernière fois, l'écrivain invoque le nom de Nadja en vain. Il est seul avec ses souvenirs. Mais si la magie ne peut venir de l'au-delà, il la trouvera ici, dans cette vie même.
Epilogue
Pourquoi écrire ce livre ? Ecrire un livre n'est-ce pas démériter la vie ?
Breton est bouleversé. Il a rencontré une femme, il éprouve enfin l'amour fou. Ses espoirs les plus insensés sont réalisés.
L'amour, la femme adorée, le détournent du songe et des mystères. Il embrasse la vie par l'action. C'est sur l'éloge d'une beauté toute entière vécue et ressentie que Breton achève son ouvrage.
Une dernière image clôt le livre : une coupure de journal révélant le message d'un avion avant de s'écraser… Ultimes paroles avant le silence.
Le sujet du rêve dans Nadja: C’est ici l’une des caractéristiques essentielles de l’œuvre qui fait de la ville un espace symbolique, espace mental on l’a dit, voire même espace du songe. Ce songe, quand il n’est pas raconté par le narrateur vient envahir l’état de veille. Mais qui est le rêveur ? Ce n’est certes pas le narrateur cette fois ci mais bien le personnage éponyme. Ces symboles sont les hallucinations de Nadja. Le jet d’eau, la main enflammée sont autant d’éléments témoignant d’une certaine ivresse de verticalité, d’une rêverie icarienne (le narrateur n’est-il pas perçu comme un soleil par Nadja ?), rêverie visant à ouvrir le texte aux autres dimensions de l’espace. La fascination dont parle proprement le roman est cette épreuve qui consiste à être aspiré dans le rêve d’un autre. Dès lors le texte tend à dépasser les fausses oppositions entre le moi, le toi et l’objet : « je suis tout en étant prés d’elle plus prés des choses qui sont prés d’elle. » écrit Breton.